Accéder au contenu principal

KröniK | The Wounded Kings - The Shadow Over Atlantis (2010)


Ils ont compris. Oui, Steve Mills et George Birch, les deux têtes pensantes de The Wounded Kings, ont compris que le doom n’est jamais aussi sincère que lorsqu’il conserve une patine sonore dépouillée, pas trop propre sans pour autant être prisonnière d’une croûte polluée. Cela ne signifie absolument pas qu'une prise de son claire et puissante ne sied pas au genre, un groupe comme Isole, auquel on pense tout de même un peu en écoutant la musique de ces anglais, l’a démontré sur ses derniers opus avec la maestria que l’on sait. Il n’empêche qu’un son de guitare vibratoire qui grésille saura toujours plus faire parler l’émotion qu’une production trop léchée et vierge en sensations. C’est donc tout le mérite de ce qui n’est que la seconde offrande de The Wounded Kings. Les premières mesures de « The Swirling Mist » suffisent à démonter toute l’authenticité qu’elle abrite. Une leçon. Mais The Shadow Over Atlantis se révèle aussi, et surtout, être une perle de doom épique et classique, transcendé par un chant lyrique et profond, celui du guitariste George Birch, et héraut d’une tragédie superbe. S’arc-boutant autour d’une narration ayant pour sujet le mythe éternel et passionnel de l’Atlantis, l’album forme un récit dont on suit la lente progression. 


Entre deux plages instrumentales, « Into The Ocean’s abyss » aux notes piano grêles et le quasi liturgique et fantomatique « Deathless Echo », se succèdent quatre périples à la fois grandioses et granitiques. D‘une lancinance pachydermique, « The Swirling Mist » ne commence qu’après une longue intro. Une fois le chant installé, le ton se voile dans un désespoir douloureux. Le long de plus de dix minutes, le titre s’achève sur un final beau à en pleurer.  Tout le paradoxe de The Wounded Kings réside dans une opposition entre des lignes vocales claires et émotionnelles et ce son qui racle au goût de rouille. Cette signature très particulière prend tout son sens avec « Baptism Of Atlantis » où les cordes semblent directement reliées aux entrailles de la terre.  De même, « The Sons Of Belial exsude une noirceur occulte autant envoûtante qu’abyssale. Et quand résonne le terminal « Invocation Of The Atlantis », c’est toute les arcanes souterraines qui tremblent et s’écroulent, lente conclusion qui débute dans un nuage ambient et étrange et prend fin sur un pandémonium de guitares déchirantes. Si The Wounded Kings doit encore progresser dans son expression d’un doom mythologique, il n’en demeure pas moins qu’en seulement deux albums, ses auteurs se sont déjà imposés comme des prêtres de la souffrance incontournables au sein de la chapelle. Du très grand doom. (2010 | MW) ⍖⍖⍖
                               

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CinéZone | Enzo Milioni - La soeur d'Ursula (1978)

Reconnaissons qu'à la fin des années 70, il ne reste déjà plus grand chose du giallo. Le genre a été pressé comme un citron et son jus s'est tari. Réalisé en 1978 par Enzo Milioni, La soeur d'Ursula illustre parfaitement ce déclin, ultime rejeton d'une mode qui ne trouve son salut que dans un érotisme de plus en plus exacerbé. Ici l'intrigue se dilate très vite au profit de scènes de sexe torrides mais gratuites et on finit par se désintéresser d'un récit classique où la quête de l'identité du meurtrier progresse sans conviction. Au final, on ne retient de cette production, outre ses nombreuses séquences épicées, que cette arme en forme de godemichet et les couloirs de l'hôtel où se situe l'action, filmés non sans brio par une caméra mobile qui multiplient les travellings et autres plongées. (14.02.2017) ⍖⍖

CinéZone | Buster Keaton & Edward F. Cline - L'épouvantail (1920)

Bobine d'une vingtaine de minutes, L'épouvantail est, après La maison démontable et Malec champion de golf , l ' un des premiers films dont Buster Keaton est l'auteur complet une fois affranchi de son ancien mentor Fatty Arbuckle. Comme nombre de ses métrages, il en partage néanmoins la paternité avec Edward F. Cline avec lequel il a écrit le scénario et signe la mise en scène. The Scarecrow n'en rassemble pas moins toutes ses obsessions : la mécanique comme source de gags, les poursuites effrénées et la quête de l'amour. Deux parties le divisent. La première, remarquable, se déroule à l'intérieur de l'unique pièce d'une maison qui réunit entre quatre murs d'inventives fonctionnalités, à la fois chambre, cuisine, salle à manger, hommage évident aux machines de Rube Goldberg. Le long plan où Buster partage le repas avec son colocataire fournit un moment savoureux et jubilatoire, qui témoigne de cette science de la mécanique d'orfèvre propr...

KröniK | Urne - A Feast On Sorrow (2023)

Le nom de Joe Duplantier accolé au sien ne doit pas (tout à fait) vous tromper, Urne n'est pas le nouveau projet du guitariste de Gojira puisque c'est en tant que producteur et non comme musicien qu'il se voit associé à cette jeune pousse anglaise. Pour autant, sa présence, loin d'être anodine, fournit déjà un indice précieux quant à la teneur de ce groupe dont on devine qu'il sera techniquement pointu, créateur d'une partition aussi puissante que complexe. Dont acte. Très maladroitement étiqueté stoner ou sludge (ce qui est déjà moins absurde), Urne évoque en vérité davantage un Mastodon qu'un fumeur de pipe à eau. Breaks à foison, riffs en béton armé et fuselage massif attestent notamment de cet ancrage dans le thrash 2.0 mâtiné de metal progressif. Le chant pour le moins changeant du bassiste Joe Nally perturbe néanmoins cette image qu'il tend à brouiller, à broyer même, tour à tour rugueux, ou plus limpide, souvent bourru voire menaçant mais suintant...