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KröniK | Triptykon - Eparistera Daimones (2010)


Si le résurrection de Celtic Frost à partir de 2001 a pu en surprendre pas mal, son récent sabordage en revanche lui, n’a étonné personne. Constamment travaillé par l’affrontement des personnalités très fortes qui en formaient la moelle épinière, le groupe a connu une trajectoire aussi tortueuse que son œuvre. Lassé de l’égo insupportable du batteur Franco Sesa, Tom G. Warrior a donc claqué la porte pour monter un nouveau projet, le troisième, d’où son nom - Triptykon - aux connotations religieuses certaines. Toutefois, ce n’est nullement vers Dieu que l’entité se tourne et plutôt vers son double démoniaque. Sa pochette, due à H.R. Giger comme le titre de sa première prière pour les morts, Eparistera Daimones (soit « A ma gauche, les démons ») participent de cette ancrage sombre et diabolique. Chaotique même. Attaché à la notion de collaboration, Warrior a donc composé avec le guitariste V. Santura, lui aussi transfuge de la dernière incarnation celticfrostienne, un pavé ténébreux, sinistre, noir comme une mine de charbon. Alors que nombre de précurseurs passés achèvent leur carrière en banals suiveurs, le Suisse lui continue de créer, véritable Picasso de l’art des Ténèbres. A l’origine, avec Bathory, de ce qu’on nommera plus tard le black Metal, Tom G. Warrior, réussit le tour de force d’être en parfaite adéquation avec l’évolution actuelle du genre tout en le propulsant dans une dimension plus abyssale encore. Monotheist en témoignait. Eparistera Daimones,  à la fois son frère jumeau et son évident successeur, franchit une marche supplémentaire vers les abîmes. 


C’est un monstre de douleur, de souffrance, peinture affreusement crépusculaire aussi hallucinante qu’hallucinée. Œuvre de son temps, connecté au pessimisme apocalyptique d’un monde privé de repères, à la dérive, cet ode funéraire porte incontestablement la marque de son auteur qui donne enfin à Into The Pandemonium un équivalent au moins aussi brillant. Jamais depuis très longtemps, on a senti l’homme aussi libre. Débarrassé de la pression qui découlait du nom Celtic Frost, Warrior livre un album qui ne répond à aucun un schéma particulier. Eparistera Daimones vient du cœur et ne répond à aucun calcul. Son architecture le démontre clairement.  Entre les deux sentinelles qu’érigent les monumentaux « Goetia », certainement une des compostions les plus terrifiantes jamais composées par Tom et les vingt minutes du terminal « The Prolonging », le programme entame une lente excavation pour peu à peu s’enfoncer dans des gouffres mortifères, qu’incarnent des enclumes telles que « Abyss Within My Soul », « In Shroud Decayed » « Descendant » et « Myopic Empire » qu’éclairent néanmoins de timides rais de lumières lors de ses ultimes mesures. Pourtant, il y aussi le rapide et agressif « A Thousand Lies » et ce « My Pain », étonnant avec son chant féminin, celui, très beau, de Simone Vollenweider, qui surgit tout à coup, manière de reprendre son souffle, de remonter à la surface pour avaler un peu d’air avant la descente finale. Eparistera Daimones redonne tout son sens au mot « lourd ». Rarement, on aura du fait écouter un disque aussi pesant comme une chape de plomb. Guitares, basse, batterie et le chant si reconnaissable du maître des lieux semblent directement connectés aux profondeurs telluriques de la terre. Œuvre définitive, on se demande comment le groupe, dont on espère que l’avenir le rendra pérenne, va pouvoir aller au-delà en terme de noirceur infernale. Un chef-d’œuvre polluée d'une décrépitude absolue. (02/06/2010 | MW)

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