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KröniK | Shining - S/T (2023)


Il ne faut jamais juger un album sur la base de sa pochette surtout si elle est moche et ratée. Ainsi, celle qui habille le onzième méfait officiel de Shining (sans compter toutes les miettes qui jonchent sa carrière), assez peu engageante, ne donne pas tellement envie de déflorer son contenu. Pourtant, outre le fait que le bon goût n'a de toutes façons jamais été la qualité première de Niklas Kvarforth (le patron du groupe pour ceux qui l'ignoreraient encore), bien au contraire, cet écrin gore annonce parfaitement ce que le disque a dans ses entrailles poissées de sang, corrodées par une bile noire et malsaine, soit ce black metal maladif qui n'appartient définitivement qu'à son géniteur. Le successeur de X : Varg Utan Flock porte tout simplement comme titre le nom du groupe. Il serait bien sûr tentant sinon commode de lire dans ce choix la volonté des Scandinaves d'entamer un nouveau départ comme cela est fréquent lorsqu'un album est baptisé de manière éponyme par une formation qui a déjà pourtant de nombreuses années au compteur. Que ce nouveau méfait marque le retour de Shining après quasiment cinq ans d'absence pourrait d'ailleurs accréditer cette interprétation. Mais il n'en est évidemment rien. Shining continue donc de taillader le même chemin depuis le matriciel Within Deep Dark Chambers (2000), fidèle à un moule identique tant dans la forme (six morceaux comme d'habitude) que dans le fond, vicieux et torturé. 


Il est cependant faux d'affirmer que Kvarforth et sa bande n'ont pas évolué au fil du temps. Quoique toujours aussi sombre et corrompu, hanté par la mort et la drogue, leur black metal brille de plus en plus de lueurs mélodiques (les soli de Peter Huss, biberonnés au grand hard rock, n'y sont pas étrangers) et ne craint pas de s'accoupler à d'autres styles à priori très éloignés de leur univers, jazz ou musique classique, comme l'illustre ici 'Åttahundratjugo ', instrumental inspiré d'Erik Satie qu'égrène un piano sinistre. Ce qui ne le vide absolument pas de sa sève mortifère qui suinte de manière sans doute plus accessible mais non moins décadente. Le tempo peut être brutal cependant il se voit stoppé par les instants de mort que les Suédois tricotent comme une danse macabre au-dessus d'un gouffre sans fond. Le chant est écorché mais les mélopées que murmure Niklas n'en ruminent pas moins un fiel ensanglanté qui tâche les parois de ces compos qui ne filent jamais droit. Les guitares tissent des lignes superbes sans pour autant se départir de ces accords grêles qui résonnent comme la lame de rasoir d'une âme suicidaire. Shining a changé mais pas le mal-être de son principal auteur dont on reconnaît sans peine l'écriture à la fois décharnée et tuméfiée. Voisinant parfois avec les dix minutes au compteur, chaque titre est rongé par un stupre morbide, dévidant une trame lancinante que fracturent de brusques et gangreneuses éruptions. Hanté tout du long par une atmosphère crapoteuse, cet album éponyme prouve que Shining ne va pas mieux, dégorgeant un black metal plus vicieux et tordu que jamais. (18.09.2023 | MW) ⍖⍖⍖

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