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KröniK | Kate Bush - Lionheart (1978)


Premier contact avec un album, certaines pochettes accrochent toutefois plus que d'autres la mémoire. Telle est le cas de celle de Lionheart, où l'on est tout étonné de découvrir la chanteuse sous le déguisement d'un lion, à quatre pattes sur une caisse en bois, en une posture qui pourrait être ridicule mais qui réussit pourtant à exsuder une sorte de naïveté érotique qui résume à merveille le charme unique de celle qui est alors encore une jeune femme, dont les lignes vocales de petite fille sous lesquelles couve cependant une mélancolie diffuse, sont autant capables de séduire que de repousser. Enfanté quelques mois à peine après The Kick Inside, offrande qui a révélé son talent pour le moins singulier, ce deuxième album se voit généralement oublié au profit de son prédécesseur, alors qu'en réalité les dix pièces qui l'animent ont été écrites, comme leurs devancières, longtemps avant, lorsque l'Anglaise n'était encore qu'une adolescente, fraîchement repérée par David Gilmour. De fait, contrairement à ce que l'on pourrait craindre, Lionheart n'a pas été composé dans l'urgence afin de capitaliser sur le succès de son aîné, quand bien même on peut penser que EMI a dû presser la chanteuse pour qu'elle accouche au plus vite d'un nouvel opus. 


Capturé par la même équipe (ou presque), dont le claviériste et producteur Andrew Powell, il se rapproche naturellement de The Kick Inside sans pour autant n'en être qu'une pâle ou simple resucée. Au contraire, et nonobstant d'évidentes similarités, à commencer par l'identité déjà affirmée de son auteur, il possède un charme qui lui est propre, à la fois moins évolutif mais tout aussi magique dans ses ambiances (faussement) légères, à l'image d'un 'In Search Of Peter Pan', de loin assez proche du matriciel 'Wurthering Heights' mais habité de nuances enchanteresses. En dépit de ses mélodies d'une simplicité trompeuse ('Symphony In Blue'), Lionheart recèle en réalité des trésors d'écriture où les atmosphères sont reines, comme l'illustrent l'étonnant 'Don't Push Your Foot On The Heartbrake' dont les traits, tour à tour délicats ou plus durs, ne cessent de changer ,ou ce 'Wow' plus intéressant que ce que son titre laisse croire. Corollaire de cette richesse mélodique, l'œuvre témoigne que, si la voix acidulée, quoique parfois plus appuyée, de la maîtresse des lieux est l'incontestable fil d'Ariane d'une trame ciselée avec pureté ('In The Warm Room', 'Kashka From Baghdad'), les (autres) instruments ne sont pas en reste. Le piano, d'une suavité baroque, se taille bien entendu la part du lion ('Fullhouse') mais n'étouffe jamais les nombreux musiciens qui l'accompagnent, témoin ce 'Hammer Horror', hommage à la firme cinématographique spécialisée dans l'épouvante, que propulse une partition haute en couleurs. Faux-frère jumeau de The Kick Inside, Lionheart se révèle être une irrésistible sucrerie enrobée de cette naïveté que teinte une gravité aérienne, qui n'appartient définitivement qu'à cette fascinante déesse pour laquelle nous aurons toujours une tendresse particulière. (16.10.2016 | MW) ⍖⍖⍖
                                    

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