Accéder au contenu principal

KröniK | Corde Oblique - A Hail Of Bitter Almonds (2011)


Tous les deux ans depuis 2005, avec une régularité qu'on souhaite durable, Riccardo Prencipe nous envoie une carte postale de son Italie natale. Et si c'est un peu toujours la même, personne ne s'en plaindra tant la réussite est à chaque fois au rendez-vous. Encore peu connu dans notre contrée, malgré sa programmation incongrue mais remarquée au milieu du Cernunnos Pagan Fest qui s'est tenu à Paris en 2008, Corde Oblique est son jardin secret qu'il cultive depuis quatre albums (en comptant le sujet de cette chronique). D'une grande modestie, le Napolitain est pourtant un maître de la guitare sèche, instrument qu'il a d'abord pratiquée au sein de la formation gothique Lupercalia. Un peu à la manière de Ritchie Blackmore avec sa bande de troubadours, quand bien même les deux groupes sont assez différents dans leur expression d'une inspiration médiévale, plus ensoleillée et mélancolique chez Princippe, plus sombre et ancrée dans le socle de l'Europe orientale chez l'ex-dieu de la Stratocaster, l'homme privilégie le feeling à la démonstration, préférant se fondre dans un tout où ses arpèges chaleureux jaillissent comme des étincelles d'émotion. Bref, il est l'anti Malmsteen. Même lorsqu'il interprète seul un titre à la guitare, comme c'est le cas ici du court et superbe "Slide", il se met au service de la musique. A Hail Of Bitter Almonds ne s'éloigne donc guère de The Stones Of Naples qui lui même en faisait autant par rapport à Volonta d'Arte


Au menu, quinze pièces égrenées avec l'habilité d'orfèvre coutumière du généreux musicien. Avec une économie de moyens (des notes de six cordes, des lignes de violon, quelques percussions discrètes et, le plus souvent, des caresses féminines veloutées, alternant l'anglais et l'italien), Corde Oblique a la capacité rare de nous transporter loin, tellement loin, du quotidien. Il le fait avec infiniment de poésie et de délicatesse. Tout y est juste, avec une simplicité de trait admirable. En filigrane, une tristesse diffuse se dessine pourtant par petites touches pointillistes ("Le Piccole Cose"). Selon son habitude également, Riccardo se fend d'une reprise. Après Sepultura et Anathema, il a choisi Radiohead dont il illumine le "Jigsaw Falling Into Place", gracieux et enlevé. Claudia Sorvillo, qui l'accompagnait déjà sur The Stones Of Naples, est également pour beaucoup dans cette réussite, le chant féminin étant de toute façon toujours utilisé avec pudeur, sans la moindre vulgarité par le maître des lieux ("Arpe Di Vento"). Le fait que les textes soient souvent écrits dans la langue nationale, n'y est peut-être pas étranger. Dans la lignée de ses aînés, A Hail Of Bitter Almonds est encore une très belle offrande à mettre à l'actif de ce groupe précieux et dont il ne faut pas oublier de souligner la qualité du générique, réunissant des guests tels que Duncan Patterson (Anathema, Antimatter), des membres d'Ashram et de Daemonia Nymphe sans oublier la présence du mythique Georges Marino pour le mastering au non moins mythique Sterling Sounds Studio. (07.08.2012 | MW) ⍖⍖⍖

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CinéZone | Enzo Milioni - La soeur d'Ursula (1978)

Reconnaissons qu'à la fin des années 70, il ne reste déjà plus grand chose du giallo. Le genre a été pressé comme un citron et son jus s'est tari. Réalisé en 1978 par Enzo Milioni, La soeur d'Ursula illustre parfaitement ce déclin, ultime rejeton d'une mode qui ne trouve son salut que dans un érotisme de plus en plus exacerbé. Ici l'intrigue se dilate très vite au profit de scènes de sexe torrides mais gratuites et on finit par se désintéresser d'un récit classique où la quête de l'identité du meurtrier progresse sans conviction. Au final, on ne retient de cette production, outre ses nombreuses séquences épicées, que cette arme en forme de godemichet et les couloirs de l'hôtel où se situe l'action, filmés non sans brio par une caméra mobile qui multiplient les travellings et autres plongées. (14.02.2017) ⍖⍖

CinéZone | Buster Keaton & Edward F. Cline - L'épouvantail (1920)

Bobine d'une vingtaine de minutes, L'épouvantail est, après La maison démontable et Malec champion de golf , l ' un des premiers films dont Buster Keaton est l'auteur complet une fois affranchi de son ancien mentor Fatty Arbuckle. Comme nombre de ses métrages, il en partage néanmoins la paternité avec Edward F. Cline avec lequel il a écrit le scénario et signe la mise en scène. The Scarecrow n'en rassemble pas moins toutes ses obsessions : la mécanique comme source de gags, les poursuites effrénées et la quête de l'amour. Deux parties le divisent. La première, remarquable, se déroule à l'intérieur de l'unique pièce d'une maison qui réunit entre quatre murs d'inventives fonctionnalités, à la fois chambre, cuisine, salle à manger, hommage évident aux machines de Rube Goldberg. Le long plan où Buster partage le repas avec son colocataire fournit un moment savoureux et jubilatoire, qui témoigne de cette science de la mécanique d'orfèvre propr...

KröniK | Urne - A Feast On Sorrow (2023)

Le nom de Joe Duplantier accolé au sien ne doit pas (tout à fait) vous tromper, Urne n'est pas le nouveau projet du guitariste de Gojira puisque c'est en tant que producteur et non comme musicien qu'il se voit associé à cette jeune pousse anglaise. Pour autant, sa présence, loin d'être anodine, fournit déjà un indice précieux quant à la teneur de ce groupe dont on devine qu'il sera techniquement pointu, créateur d'une partition aussi puissante que complexe. Dont acte. Très maladroitement étiqueté stoner ou sludge (ce qui est déjà moins absurde), Urne évoque en vérité davantage un Mastodon qu'un fumeur de pipe à eau. Breaks à foison, riffs en béton armé et fuselage massif attestent notamment de cet ancrage dans le thrash 2.0 mâtiné de metal progressif. Le chant pour le moins changeant du bassiste Joe Nally perturbe néanmoins cette image qu'il tend à brouiller, à broyer même, tour à tour rugueux, ou plus limpide, souvent bourru voire menaçant mais suintant...